Par Patrick Lancier
Amman, 23 août 2026. Le chef du Mossad et le ministre syrien des Affaires étrangères se sont assis en Jordanie. Roman Gofman. Asaad al-Shaibani. Axios l’a sorti avec trois sources. Le bureau de Benjamin Netanyahou n’a pas commenté. Un porte-parole d’al-Shaibani n’a pas répondu. C’est le plus haut contact public entre Israël et la Syrie depuis la chute de Bachar el-Assad.
Cinq jours plus tôt, le 18 août, Israël a frappé Abou al-Duhour, base désaffectée d’Idlib, près de la Turquie. Le Jerusalem Post, deux sources : le raid visait un radar et une défense antiaérienne turcs. Ankara a nié s’être rendue sur le site. Al-Shaibani a dit à Axios qu’il n’y avait « aucune intention » d’y mettre une base turque, « ni une présence militaire permanente, ni le déploiement de forces ». À Reuters : Israël avait une « occasion historique », et « nous ne faisons pas confiance à Israël actuellement ».
Le 14 août, avant le raid, Gofman et al-Shaibani avaient déjà parlé au téléphone, selon The New Arab. Le sujet était déjà Ankara. Le 7 août, à La Mecque, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan avaient signé un accord de défense dont la clause, publiée par l’AP, dit qu’une attaque contre l’un est une attaque contre tous. Erdogan a assuré que le texte ne visait aucun pays. Amichai Chikli, sur i24NEWS, a répondu que le danger pour Israël, c’est la Turquie, en Méditerranée et sur le front syrien.
À Amman, selon N12, les chefs du renseignement général et du renseignement militaire syriens étaient dans la pièce. Une source a dit au Jerusalem Post que ça « s’est bien passé ». Al-Shaibani, repris par N12, a parlé d’arrêter les frappes, les arrestations, les ciblages, et de reprendre un accord de sécurité. AFP, un diplomate et une source gouvernementale syrienne : une « salle d’opérations spéciale » en Jordanie, sous supervision américaine, y compris pour un incident impliquant la Turquie. Channel 15 a ajouté, le 26, que le dialogue continuerait sous égide américaine, avec une participation turque. Jérusalem n’a confirmé ni la salle ni la participation d’Ankara. Damas non plus.
Un mécanisme de partage de renseignement existait déjà depuis janvier, a rappelé AFP. Il s’était tu après Abou al-Duhour. Amman l’a rouvert. Ce n’est pas un traité. C’est un canal.
Le 25 août, le même calendrier a ouvert deux autres portes à Moscou. John Ratcliffe, directeur de la CIA, huit heures, avion militaire via Riga. Peskov : « contacts entre services secrets », pas Poutine. Trump : « semi-routinière ». Mgr Paul Richard Gallagher, diplomate du Saint-Siège, pas le pape, a vu Sergueï Lavrov plus d’une heure et a dit : « cette guerre doit prendre fin. » Il a vu Iouri Ouchakov le 26. Washington parle à Moscou. Le Vatican parle à Moscou. Israël parle à Damas depuis Amman. Trois diplomaties, une semaine. Le pacte de La Mecque n’a pas été paraphé au Kremlin.
Gofman est à la tête du Mossad depuis le 2 juin, officier de chars choisi par Netanyahou. Channel 12 a rapporté le 6 août le départ du chef du renseignement et du chef du bureau Iran, après un plan kurde montré à Donald Trump et jamais mené. Ils restent au service. Le Mossad n’a pas confirmé. La réunion d’Amman n’est pas cette réorganisation. C’est la gestion d’un voisin, sous l’œil d’une Turquie désormais liée à Riyad par une clause d’attaque collective.
Al-Shaibani a dit à Axios que la désescalade ne peut pas peser sur un seul. Israël n’a pas annoncé l’arrêt des frappes sur ce qu’il tient pour une bascule turque. Le contact est là. L’accord de sécurité, non.
Sources
- Axios, 23 août 2026
- Jerusalem Post
- AFP / Ahram
- The Hindu / AFP
- The New Arab
- Associated Press, 7 août
- Chikli, i24NEWS
- Vatican News, Gallagher
- franceinfo, Ratcliffe
- i24NEWS / Channel 12