Deux canaux à Moscou : services américains et bons offices du Saint-Siège

« Par Patrick Lancier »

TL;DR — En diplomatie, le détail qui compte n’est pas « qui est à Moscou ». C’est quel canal parle, et lequel ne parle pas. John Ratcliffe a tenu des contacts « le long de la ligne des services spéciaux ». Peskov au Washington Post et au briefing du 26 août : pas de réunion avec Vladimir Poutine, pas de contact avec le Kremlin, « aucun contact n’est actuellement prévu par les canaux du Kremlin ». TASS / WP, TASS, 26 août. Mgr Paul Richard Gallagher, lui, suit un agenda d’État à État : Lavrov le 25, Ouchakov le 26, puis l’Église locale. Il offre les « bons offices ». Les deux visites se recouvrent dans le calendrier. Elles ne fusionnent pas. Ce n’est pas un sommet.

Le canal des services : ouvert, opaque, sans table Kremlin

CBS News a révélé la présence de Ratcliffe. Reuters a repris, le 25 août, que le directeur de la CIA s’était rendu à Moscou pour des réunions, selon des médias américains citant des sources. La CIA a refusé de commenter. Peskov, dans un premier temps, n’a ni confirmé ni infirmé à Reuters. Reuters, 25 août. Le lendemain, le Kremlin a fixé le niveau : services, pas président.

Peskov a qualifié les contacts entre services de « phénomène positif » en soi, tout en maintenant que les relations russo-américaines restent dans une « crise profonde » — trop tôt pour dire si le passage de Ratcliffe y changera quoi que ce soit. CNN, Independent / AP. Trump a réduit la lecture politique : « semi-routine », pas un avertissement OTAN, pas une mission Ormuz. Le canal existe. Le contenu n’est pas public. Andrei Soldatov, cité par l’AP, rappelle que ces visites n’arrivent pas « tous les ans » et que les canaux officiels de communication datent des années 1980 — pour parler quand des vies américaines ou russes sont en danger, ou pour d’autres raisons. Hypothèse d’expert, pas un communiqué.

Le canal du Saint-Siège : programme, conférence de presse, offre écrite

Le Secrétariat d’État a publié le programme avant l’arrivée. Gallagher est à Moscou du 24 au 28 août. Mardi 25 : Sergueï Lavrov, puis le métropolite Antoine de Volokolamsk, président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Mercredi 26 : Iouri Ouchakov, aide du président pour la politique étrangère. Jeudi 27 : clergé, messe à la cathédrale de l’Immaculée Conception, évêques. Vatican News, 24 août. OSV News précise qu’aucune rencontre avec Poutine n’est prévue au programme. OSV News.

Après Lavrov, conférence de presse conjointe. Gallagher : conversation « franche et constructive » ; « nous offrons nos bons offices de toute manière qui puisse aider » ; position du Saint-Siège « claire » — le conflit « ne peut pas être résolu par des moyens militaires » ; rappel de l’appel du pape Léon XIV à de « véritables négociations avec le soutien de la communauté internationale ». Les deux parties, malgré des différences « substantielles », réaffirment la nécessité de garder les canaux ouverts. Anadolu Agency.

Ce que Lavrov met dans le même canal

Lavrov, version TASS : relations « de confiance, amicales et pragmatiques » ; gratitude pour une position « équilibrée » du Vatican ; Moscou prête à reprendre les consultations politiques au niveau des vice-ministres et des consultations « ciblées » d’experts. Il a remis au Vatican une copie du troisième rapport russe sur les actions de Kiev contre l’Église orthodoxe ukrainienne. Il a aussi dit attendre que le Vatican, dans ses contacts avec Kiev, prête attention aux questions de langue russe et d’Église. Gallagher, de son côté, a appelé au respect des droits des prisonniers de guerre et du droit international humanitaire. TASS, 25 août.

Deux lectures du même entretien. Un seul fait diplomatique : le canal reste ouvert, et Moscou veut y verser son dossier. Ce n’est pas une médiation acceptée par Kiev. Ce n’est pas une table unique avec la CIA.

Pourquoi ce n’est pas un sommet

Un sommet aurait une photo, un communiqué conjoint, une liste de participants. Ici : un avion militaire non annoncé, un programme vaticanesque public, deux silences différents (CIA : no comment ; Kremlin : niveau des services seulement). Gallagher était déjà venu en novembre 2021. Burns aussi, le même mois. Quatre ans plus tard, les canaux tiennent. La négociation de paix, elle, est décrite comme bloquée. On ne force pas la fusion.

FAQ

Y a-t-il un sommet US–Russie–Vatican ?

Non. Aucune source officielle ne décrit une table unique.

Quel est le niveau du canal américain ?

Services spéciaux. Pas le Kremlin. Pas Poutine. Aucun contact Kremlin annoncé (Peskov, 26 août).

Quel est le niveau du canal vatican ?

Lavrov (25), Ouchakov (26), Patriarcat, communauté catholique. Pas Poutine au programme (OSV / Vatican News).

Les bons offices sont-ils une médiation acceptée ?

C’est une offre de Gallagher. Lavrov remercie et propose de reprendre des consultations. Kiev n’a pas, dans ces dépêches, accepté une médiation vaticane.

Sources


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